Alors, on prend nos plats en photo ou pas ?

Caroline
3 septembre 2015
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gambasOn a appris récemment qu’il était désormais interdit en Allemagne de prendre en photo son assiette au restaurant afin de la diffuser sur les réseaux sociaux. Pour le législateur, cela s’apparente à une violation du droit d’auteur. En France, nous avons eu plusieurs articles dans la presse l’année dernière sur la décision de Chefs d’interdire à leurs clients de prendre leurs plats en photo. J’ai moi-même pu participer à une discussion assez animée sur Twitter à ce sujet. J’ai décidé de pousser un coup de gueule, les arguments avancés pour interdire les photos ne me semblent pas convaincants, voire de mauvaise foi. Je passerai donc mon chemin si un restaurateur m’interdit de prendre en photo mes plats.

On nous parle de clients qui monteraient sur leur chaise pour prendre en photo leur assiette. Franchement, quand on a affaire à ce type de comportement, là effectivement il ne faut pas laisser faire. C’est un manque de respect manifeste mais combien en avons-nous ? Pour moi, c’est la même chose que les personnes qui fument à l’intérieur ou qui crient. 

Certains chefs évoquent aussi la propriété intellectuelle, excusez-moi mais j’ai payé, il me semble que j’ai le droit de faire ce que je veux avec mon plat. Surtout que je vais lui réserver un sort encore plus terrible que celui de le prendre en photo, je vais le dévorer. Dans la discussion sur Twitter, on m’a répondu que, dans les musées, on payait et qu’on n’avait pas le droit de prendre de photo. Faux, la plupart des musées, même les plus prestigieux (le Louvre pour ne pas le nommer), autorisent les photos, mais sans flash, pour ne pas endommager les œuvres. Un plat serait-il plus fragile d’une toile de maître ?

Parlons-en des flashs. Soit disant, ça dérange les autres clients mais il me semble bien qu’avant, on se prenait aussi en photo quand on allait au restaurant et que ça durait encore plus longtemps. Souvent, il fallait reprendre la photo car Mamie n’avait pas souri ou Tata avait fermé les yeux. Alors que le plat n’a pas à sourire lui, en quelques secondes, c’est dans la boîte !

La photo serait moche et alors ?

Autre argument qui m’agace prodigieusement : la photo qui atterrit sur les réseaux sociaux est moche, elle ne rend pas hommage au travail effectué en cuisine. C’est vraiment prendre les gens pour des idiots. Quand on la voit sur Facebook ou Instagram, on se doute bien qu’elle n’a pas été prise par un professionnel et que le plat est beaucoup plus joli en vrai. Ce n’est pas ça qui va empêcher les gens d’avoir envie de manger le plat qu’ils voient en photo, bien au contraire. Surtout si la photo est accompagnée d’un texte du genre : « La photo n’est pas terrible mais on s’est vraiment régalé » ou encore « C’était vraiment très bon, regardez un peu ce super plat. » Et là, publicité gratuite qui va droit au but ! Sans oublier les filtres d’Instagram qui rendent souvent mes photos plus jouées qu’en vrai…

D’autant plus qu’une étude américaine a prouvé que prendre en photo ses plats permettaient de les rendre plus savoureux car on les apprécie mieux !

Je trouve que ces (quelques !) chefs ne jouent pas le jeu, cela leur fait une formidable publicité, qui a souvent un effet boule de neige grâce aux réseaux sociaux. A mon humble avis, ce qui les agace, c’est de ne plus maîtriser leur communication et que les clients puissent communiquer directement, sans passer par leur filtre. On peut moins prendre les gens pour des idiots, ça se sait tout de suite, la preuve en images !

Un Chef s’explique sur sa position

Depuis le buzz créé par cette affaire, Gilles Goujon, le Chef trois étoiles de l’Auberge du Vieux-Puits à Fontjoncouse (Aude), tient à rectifier les propos qu’on lui a prêtés : « Je puis vous assurer que je n’ai jamais dit que j’étais exaspéré par les clients qui prennent des photos dans mon restaurant. En revanche, je ne suis pas favorable à ce qu’elles soient diffusées sur le net. Cela fait partie de la propriété intellectuelle car ce sont des plats que j’ai créés et je suis en train de faire un livre qu’avec ces photos de l’Auberge. Donc, si elles sont déjà sur internet, c’est embêtant. Chez moi, les clients sont rois, je les adore. Et je ne leur interdis pas de faire des photos. Je me prête même au jeu

Certains ont pris le contre-pied !

Tout le monde n’est pas dans cet état d’esprit. Le grand Chef Joël Robuchon s’étonne de la réaction de ses collègues. Il encourage ses clients à prendre des photos et les poste souvent lui-même sur ses réseaux sociaux. Il en vient même à se demander où est passé la notion de transmission.

En Angleterre, la chaîne de restaurants « The Picture House » offre l’addition à ses clients qui postent les photos de leurs plats sur les réseaux sociaux (notamment Twitter et Instagram), avec les bons hashtags pour lui faire le maximum de pub. Elle fait même intervenir Martie Marie Fosterest, photographe culinaire norvégienne, qui anime un atelier pour que les photos soient encore plus réussies.

En Afrique du Sud, MWEB, fournisseur d’accès à internet, a lancé la dinnercam, un appareil qui permet de prendre en photo les plats. Station d’accueil pour assiette, la dinnercam a déjà été placée dans le restaurant El Burro et d’autres suivront ce dernier prochainement. Il suffit aux clients d’y placer leur assiette et de laisser faire l’appareil. Les photos sont ensuite postées sur les réseaux sociaux grâce à la WIFI.

Je suis allée dans un restaurant étoilé du Var, « la Badiane », pour ne pas le nommer, et j’ai pris des photos que j’ai mises sur mon blog. J’ai bien sûr fait attention à ne pas déranger les clients, je ne suis pas montée sur la table et je n’ai pas sorti mon projecteur. Tout s’est bien passé : le maître d’hôtel a été charmant et le Chef m’a mis un petit mot de remerciement pour l’article. Tout le monde a été content…

En conclusion, je pense que, tant que tout le monde sera raisonnable, le client prendra sa petite photo et en fera ce qu’il en voudra, et que le restaurateur aura comme ça sa pub gratuite, cela ne sera pas la peine d’interdire !

Crédit photo : Mathias Peres, Chef de la Table du Roy à Salon

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8 Responses

  1. Ce sont surement ceux qui ont des choses à se reprocher qui râlent !
    – Ceux qui ne prennent pas le temps de bien présenter leur plats
    – Ceux qui utilisent des produit de basse qualité (Ca peut se voir sur les photos)
    – Ceux qui te font une bouillabaisse avec des poissons de rivières et des moules …
    Ou alors ce sont juste des gens qui aiment râler pour le principe !

    Reply
  2. Non j’hallucine que cela puisse exister. Bon en même temps je ne fréquente pas les « grands » établissements.
    En tout cas, ce qui est sûr, c’est que j’attends de pieds ferme que l’on me fasse ce type de remarque, je peux te garantir que je me lève sur le champ et que je m’en vais SANS payer!!!

    Reply
  3. Bonjour,
    en fait je crois qu’ils ont peur qu’on les copie.
    C’est bien simple, depuis que j’ai vu la Joconde, je dessine et peint comme Leonard de Vinci ^^

    Reply
    • J’ai bien ri en lisant tous vos commentaires, on est tous la même longueur d’onde je vois. Il faut savoir vivre avec son temps aussi. Si le client est respectueux, je ne vois pas où est le problème !

      Reply
  4. Je crois que Nekkua a raison, s’ils évoquent la propriété intellectuelle, c’est qu’ils ont peur qu’on les copie. Mais bon, c’est pas comme si on pouvait reproduire un plat juste à partir d’une photo…donc argument invalide! 🙂
    En tout cas c’est dommage car, comme tu le dis, ils perdent de la publicité gratuite. Tanpis pour eux

    Reply
  5. Quel manque d’ouverture d’esprit! On voit bien que vous ne passez pas beaucoup de temps en cuisine. Il faut respecter le travail des professionnels, s’ils ne souhaitent pas voir leurs assiettes diffusées sur les réseaux sociaux c’est leur droit le plus strict. Qui garantit dans ces cas là que les plats ne seront pas présentés par les usurpateurs qui fleurissent en ce moment sur la toile en se prétendant blogueur culinaire ou professionnel. Je suis consternée de voir combien la cuisine et tout ce qui tourne autour fait d’émules sortis d’on ne sait ou et qui surfent sur la vague. Ou est la passion, ou est le respect?? No comment!

    Reply
    • Détrompez-vous, je passe beaucoup de temps en cuisine et j’adore partager avec les autres ce que je fais. En ce qui concerne les usurpateurs, ils n’ont pas besoin de nous pour copier et tromper. Dommage que vous n’ayez pas mis votre nom au lieu de rester anonyme mais je respecte votre avis !

      Reply

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